Development Hell : mon projet de multi-fuzz

Aujourd'hui, je vais vous présenter le concept de "Developement Hell" : c'est un endroit très spécial où les projets foireux nécessitant beaucoup d'ajustement et de développement restent bloqués (généralement sur le coté de mon atelier...). Aujourd'hui, je vais vous présenter un des projets qui traine un peu sur le coté.

C'est un concept de "multi fuzz" ! En fait, j'adore les fuzz, mais je trouve que la principale différence entre les fuzz, c'est la nature même du circuit. C'est toujours surprenant de voir que même après beaucoup de modifications, un circuit de Big Muff sonnera toujours "comme une Big Muff", et qu'une Fuzz Face sonnera toujours "comme une Fuzz Face" !

J'ai donc décidé de créer une pédale qui réunit 3 pédales de fuzz différentes : une Fuzz Face germanium, une Muff Fuzz et une Companion Fuzz. On a donc une Fuzz Face plutôt "douce" et chaleureuse, une Muff Fuzz plus compressée et heavy, tandis que la Companion Fuzz produit un son très râpeux, agressif et nasillard.

J'ai par ailleurs décidé d'ajouter une option pour avoir une octave supérieure qu'on peut combiner avec les fuzz, sur la base d'un Green Ringer ! Ainsi, on peut ajouter une octave supérieure à chacune des 3 fuzz (et sur le son clair), pour avoir un son style "Octavia", sympas pour les morceaux à la Hendrix.

Et tout ça dans un boitier 125B bien sûr...

Voici à quoi ça ressemble pour l'instant :



Une station de soudure de qualité à prix raisonnable : la Hakko FX888D

On va pas se mentir : notre bon vieux fer à souder à 20 euros n'est pas toujours le meilleur outil pour travailler.

J'ai rencontré quelques soucis avec le mien : pas de support pour le poser, ce qui peut être assez dangereux s'il tombe. De plus, le cordon d'alimentation est assez court et pas vraiment flexible, ce qui ne le rend pas toujours très pratique à manier. Enfin, il met pas mal de temps avant d'atteindre sa température de fonctionnement, et 30W peuvent parfois être un peu faible pour les grosses soudures sur les potentiomètres ou jacks.

J'ai donc profité de la campagne de financement participatif pour investir un peu dans une station de soudage.

Après pas mal de recherches, j'ai trouvé ce petit bijou : la Hakko FX888D, une station de soudage japonaise qu'on peut trouver à 138 euros sur Amazon.

Voici la mienne :

Hakko FX888D

Gibson Maestro Fuzz-Tone FZ1A (1966)

La Maestro Fuzz Tone est tout simplement la première fuzz disponible commercialement ! Autant vous dire qu'on se sent comme un archéologue / historien quand on inspecte cet effet ! On m'en a passé une à réparer, qui avait quelques soucis de faux contacts avec le jack inclu. La voilà :

Maestro Fuzz Tone FZ1A 1966

Elle est vraiment en bon état pour une pédale cinquantenaire ! J'ai pu la dater en lisant la valeur inscrite sur les potentiomètres : 1966 ! Il y a aussi un numéro de série, mais je n'ai pas trouvé de manière de dater la pédale à partir de celui-ci. Chaque numéro de série correspond au numéro de la pédale : plus il est petit, plus la pédale est vieille. La fuzz fait une taille raisonnable pour une fuzz vintage (comparé à la Supa Tonebender de 1975 que j'ai eu sur mon établi), elle pourrait même trouver sa place sur un pedalboard !

Sur la façade avant, on trouve deux contrôle : Volume et "Attack" (qui ajuste la quantité de fuzz). C'est la seconde version de la Fuzz-Tone, la FZ-1A. Les deux boutons de potentiomètres sont aussi originaux, on reconnaît les "reflector knobs" utilisés sur les Les Paul de l'époque.

Maestro Fuzz Tone FZ1A 1966

En effet, la pédale était fabriquée par Gibson dans la même usine que les Les Paul à Kalamazoo dans le Michigan ! Ainsi, pas mal de composants étaient partagés avec les Gibson Les Paul : les boutons de potentiomètres, mais aussi l'entrée jack, les potentiomètres et certains condensateurs de faible valeur. Je pense que ça devait aider Gibson a proposer des prix un peu plus bas. La Fuzz-Tone FZ1 était vendue 40$ à l'époque (ce qui équivaut quand même à 300$ d'aujourd'hui...). Gibson a aussi inclus le circuit directement dans certaines guitares comme la Gibson EB-0F, la Gibson EB-SF 1250 et l'Epiphone Newport EB-SF (des raretés !) !

A l'intérieur du boitier, le circuit est assez simpliste ! Il y a trois transistors germanium pnp, câblés sur une carte à oeillets en bakélite. La FZ1 originale utilisait trois transistors 1n270, tandis que la version FZ1-A utilise des Motorola 2n2614. On peut aussi repérer des résistances carbones bien old school des années 60 !

Maestro Fuzz Tone FZ1A 1966 circuit

Ici, les condensateurs électrolytiques ont été remplacés (très courant, en effet, les condensateurs électrolytiques ont tendance à fuir en vieillissant et sont souvent remplacés), le condensateur jaune de la marque Suntan n'est pas original. Mais tout le reste date de l'époque ! C'est assez extraordinaire de découvrir un vieux circuit parfaitement conservé comme ça, on a l'impression d'ouvrir la tombe de Toutankhamon !

Un petit zoom sur un des transistors :

Maestro Fuzz Tone FZ1A transistors

La Fuzz-Tone a seulement une entrée, un jack inclus permet de la connecter à l'ampli. Après tout, c'est le premier effet pour guitare, donc les pedalboard n'était pas vraiment monnaie courante à l'époque ! A noter que la pédale est alimentée par une pile AA, en 1.5V donc !


Histoire de la Maestro Fuzz-Tone

La Maestro Fuzz-Tone est la première fuzz disponible ! Au début des années 50, les guitaristes de blues poussaient leurs amplis pour faire tordre le son et commençaient à découvrir la saturation. Certains musiciens allaient jusqu'à percer le cône des hauts parleurs au cutter pour créer une plus forte saturation ! En 1961, Grady Martin acheta un transformateur endommagé qui créait naturellement de la saturation et enregistra "The Fuzz" avec. Le nom de "Fuzz" était né !


La chanson devint assez célèbre et pas mal d'artistes voulurent obtenir le même son saturé. Cependant, le transformateur tomba définitivement en panne peu après l'enregistrement de la chanson... Glenn Snody, le propriétaire original du transformateur et Revis Hobbs, un ingénieur radio, voulurent recréer le son du transformateur en utilisant des transistors. Et la Fuzz-Tone fut ! Snody et Hobbs dévoilèrent le circuit à Gibson, qui développa par la suite un prototype et commercialisa une première série de 5000 pédales en 1962, à 40$ l'unité.

La publicité originale pour la Fuzz-Tone est assez marrante. Pour Gibson, la Fuzz-Tone était un moyen de reproduire le son d'un orgue ou d'instruments à vents. Ce qui parait complètement délirant quand on entends le son nasillard, agressif et saturé de la FZ1! Ecoutez cet enregistrement, ça vaut le détour :


A vrai dire, je ne sais même pas comment ils ont enregistré ces sons, je suis incapable de reproduire ce type de son chez moi ! Il y a une certaine nostalgie à écouter ce disque : on a l'impression d'assister aux tout début du rock, avec une certaine naïveté du commentateur qui est loin de se douter de ce que cette fuzz donnera par la suite...

La Fuzz-Tone fut un échec commercial, Gibson n'a vendu que les 5000 effets originaux entre 1962 et 1965 (les magasins n'en vendaient pas et n'en recommandaient donc pas !) ! Cependant, en 1965, les Rolling Stones sortent "Satisfaction", dont le riff principal est enregistré avec la FZ1. Keith Richards l'utilisa pour émuler le son de trompettes, le groupe n'incorporant pas de cuivres à l'époque.

La Fuzz-Tone devint alors très célèbre (il y avait déjà de la hype pour les effets à l'époque !) et Gibson vendit plus de 40 000 pédales au cours des années suivantes ! La Fuzz-Tone a aussi inspiré pas mal d'autres fabricants qui se lancèrent dans la fabrication de fuzz : c'est le début des Tonebender, Fuzz Face... et le début du rock !



Versions et autres modèles de la Fuzz-Tone

La FZ1 a été déclinée en plusieurs modèles. La FZ1 originale était un échec commercial.... Et la version la plus collector de la FZ1 puisque Gibson ne fabriqua que les 5000 pédales de la première série (moins que la Klon Centaur !). Il existe 4 versions principales de la FZ1. Allez hop, trouvez les 7 différences :


En 1965, les Rolling Stones rendent la FZ-1 célèbre, et Gibson relance donc la production avec un autre modèle la FZ-1A. Cette version n'utilise pas les mêmes transistors (2n2614 au lieu des 2n270 originaux), et n'utilise qu'une seule pile AA au lieu de deux ! Il y eu aussi quelques changements dans le circuit : les deux condensateurs électrolytiques de 20 uF ont été remplacés par des 1 uF, et la résistance située au niveau du collecteur du deuxième transistor fut remplacée par une 10k au lieu de 1.5k, sûrement pour compenser le passage de deux à une pile. Le nom du modèle est clairement écrit sur la façade, avec "FZ-1A" au lieu de "FZ-1".

La pédale était fabriquée au départ dans l'usine de Gibson à Kalamazoo, mais la FZ-1A fut par la suite fabriquée à Lincolnwood en Illinois vers 1968. Le nom de l'usine est clairement indiqué sous le logo Gibson. Les numéros de séries sont aussi plus importants pour cette série.

Enfin, la FZ-1A fut rééditée fidèlement par Gibson en 2002, en reproduisant exactement le circuit et boitier, avec les mêmes transistors ! Elles sont assez facile à reconnaître car fabriquée à Nashville dans le Tennessee (écrit sous le logo Gibson), et ne comportent pas de numéro de série.
La FZ1 a aussi eu ses successeurs. Maestro sorti la FZ1-B, qui utilise des transistors silicium. Le circuit est assez différent, alimenté par une batterie 9V, et cette fuzz sonne différemment. Le son est plus fin, moins saturé et assez "râpeux". Elle est représentée ici à gauche :


Plus tard, Maestro sort une nouvelle version, al FZ1-S, dans un énorme boitier au look super cool, avec un cercle métallique rappelant un CD. Le circuit n'a rien à voir avec la FZ1 originale, mais se rapproche plus d'un Fender Blencer ou d'une Univox Super Fuzz (sans octave).



Numéros de série de la FZ1 : datez votre FZ1

Lorsque les potentiomètres sont changés ou illisible, la FZ1 peut être assez difficile à dater. J'ai essayé de dater les pédales par rapport aux numéros de série disponible en ligne. Rien d'officiel cependant, j'ai envoyé un mail à Gibson, je verrai bien si je reçois une réponse. En attendant, si vous êtes l'heureux possesseur d'une FZ1, vous pouvez me donner le numéro de série et l'année de votre FZ1 en commentaire pour compléter le tableau !
Modèle Année Usine Envoyées Min-Max
Serial
Numéro de série
FZ1 1962 Kalamazoo, Michigan 5461 870-4628 1-5461
FZ1-A 1965 Kalamazoo, Michigan 3454 6174-? 5462-8916
1966 Kalamazoo, Michigan 20943 10665-21354 8917-29860
1967 Kalamazoo, Michigan 6625 22933 29861-36485
1968 Kalamazoo, Michigan ? 42276 36486-42276
FZ1-A Lincolnwood, Illinois ? 43762-44537 43762-44537
FZ1-B Lincolnwood, Illinois ? - -
FZ1-A Reissue 2002 Nashville, Tennessee ? - -
Pour dater une FZ1, le plus simple est de procéder à ces étapes :
  • Trouvez le nom du modèle en façade (FZ1 ou FZ-1A?)
  • Trouvez le lieu de fabrication (Kalamazoo, Lincolnwood ou Nashville?)
  • Lisez le numéro de série et lisez le tableau ci dessus
  • Si le numéro de série de votre pédale n'est compris dans la liste ci dessus, ouvrez la et lisez le code sur les potentiomètres. N'oubliez pas de me donner votre numéro de série et l'année en commentaire !


Analyse du circuit

Comme mentionné précédemment, le circuit s'articule autour de trois transistors :

Comme d'habitude, on va le diviser en "blocs fonctionnels" :
Maestro Fuzz FZ1A schematic


Vous pouvez déjà voir que le circuit est en polarité inversée à cause des transistors pnp, et qu'il fonctionne avec 1.5V seulement !

Input stage

L'étage d'entrée permet simplement de baisser l'impédance du signal d'entrée et d'enlever quelques basses.


Tout d'abord, il y a un condensateur de couplage de 0.01 uF. Cela empêche d'éventuels courants continus parasites d'entrer dans le circuit. Sa faible valeur vous fait aussi perdre quelques basses, ce qui contribue au son nasillard et aigu caractéristique de la Fuzz Tone.

Le premier transistor est câblé en collecteur commun (ou émetteur suiveur), pas forcément commun dans les pédales d'effet. Cela permet d'adapter l'impédance du signal de la guitare. L'émetteur du transistor est directement connecté à l'alimentation. Ainsi, le gain est d'environ 1, et ce transistor se contente de laisser passer le signal, en diminuant l'impédance.

Il y a un deuxième condensateur de couplage, de haute valeur, qui laisse passer les basses.


Saturation stage

C'est ici que la fuzz apparait !
saturation stage FZ1
Le bias (la quantité de courant qui passe) au niveau de la base du transistor Q2 est défini par R4, R5 et R6. Le potentiomètre "Fuzz" est câblé en résistance variable, parallèlement à R6. Ainsi, quand on tourne le potentiomètre Fuzz, on fait varier sa valeur, et on fait donc varier le bias. Plus on tourne vers la droite, plus il y a de courant qui va passer au travers de la base.

Ainsi, il y a trop de courant qui passe au niveau de Q2 : le transistor sature !

Par ailleurs, il n'y a pas de résistance au niveau de l'émetteur, et R7 a une valeur élevée : il y a un gain énorme que le transistor n'est pas capable de gérer : il sature ! Si on remplace R7 par une valeur plus élevée, on augmente encore la saturation !

C3 est un condensateur de couplage qui empêche le passage d'un éventuel courant continu parasite vers la suite du circuit. Sa valeur importante laisse passer toutes les fréquences.



Output stage

L'étage de sortie permet de récupérer un volume de sortie correct, voire même de booster un peu le signal !
maestro FZ1 output stage

Le schéma est assez simple : le transistor Q3 amplifie le signal énormément (et sature aussi : il n'y a pas de résistance à l'émetteur, et la valeur de R9 est aussi élevée : on a un gain important)

Le condensateur C4 est aussi un condensateur de couplage. C4, à cause de sa faible valeur (10 nF) va aussi enlever des basses. Si vous le remplacez par un condensateur avec une valeur plus importante, la pédale aura un son plus chargé en basse et un peu plus boueux. Ca fait un son plutôt sympa, ça change vraiment le caractère de la fuzz !

Enfin, un potentiomètre de volume câblé en résistance variable va envoyer plus ou moins de signal à la masse. Plus on tourne le potentiomètre vers la droite, plus la résistance vers la masse augmente, et donc plus il y a de signal qui sort du circuit : on augmente le volume ! C'est le même contrôle qui est utilisé sur la Fuzz Face.



Et voilà ! Si vous avez des remarques ou questions, n'hésitez pas à poster un commentaire ci dessous !
J'espère que ce post vous a plu. N'hésitez pas à me remercier en likant la page facebook Coda Effects. Vous pouvez aussi suivre Coda Effects sur Instagram ou Twitter.



Pour aller plus loin (en anglais)

14 fournisseurs en électronique pour vos pédales d'effet

Un des enjeux principaux de la fabrication de pédales d'effet en série est de trouver de bons fournisseurs. En effet, ils jouent un rôle très important dans la traçabilité et la qualité des composants, le prix global de toutes les ressources nécessaires à l'assemblage et donc le prix de l'effet au final, et enfin ils vont parfois ajouter des délais lorsque les livraisons sont longues ou mal gérées....

Vous comprenez donc l'importance vitale pour un fabricant d'effet d'avoir de bons fournisseurs !

De mon côté, je suis sur une position un peu intermédiaire suite à ma campagne Ulule. En effet, je ne peut pas commander directement auprès des fabricants (ce qui demande généralement de très très grosses quantité de composants à commander), mais je peux quand même passer chez des "grossistes" ce qui a quand même assez allégé les prix !

A l'heure où j'écris cet article, 95% des composants, boitiers et PCB ont déjà été commandés et j'ai déjà reçu pas mal de pièces ! Allez, une petite photo des switchs qui sont arrivés ce matin :



Fin de la campagne de financement participatif... Et début de l'aventure !

Et voilà, la campagne de financement participatif s'est terminée sur Ulule, avec un grand succès ! Merci à tous pour votre soutien, Coda Effects prends un sacré départ grâce à vous !



Je voulais donc faire un petit bilan de cette campagne en quelques chiffres pour vous montrer le coup de boost que ça été :
  • 70 : le nombre de contributeurs à la campagne. Pour comparaison, l'an dernier, j'ai eu 25 clients différents en tout !
  • 2200 visiteurs sur la page de la campagne, dont plus de 50% provenaient de Facebook : merci à tous pour vos partages et relais de la campagne !
  • 4 articles de presse dans différents blogs et sites internets : Audiofanzine, Guitar Wink, le Blog qui Gratte et Guitar Tone Overloard !
  • 73 likes supplémentaires sur la page Facebook Coda Effects 
  • 276 soutiens sur Hello Play
  • Plus de 65 pédales à réaliser : et oui, il va falloir travailler maintenant !

Je voulais dans cet article vous détailler un peu comment va se dérouler la réalisation de tout cela. Comme mentionné dans une news du projet, j'écrirai des articles sur le blog pour vous montrer les enjeux de la réalisation d'une série d'effets. Vous serez bien sûr tenus au courant par mail de l'avancée de la réalisation.

Le processus va se dérouler en plusieurs étapes avec des étapes plus ou moins longues :
  • Réception de l'argent collecté (une à deux semaines) : cela me permettra de voir combien je dispose une fois la commission Ulule, Paypal et les impôts prélevés. Et oui ! Les 9400 euros risquent déjà de prendre un sacré coup, puisqu'environ 23% du montant seront prélevés après ces différents processus ! (pas d'inquiétudes, j'en ai tenu compte dans mon calcul préléminaire à la campagne :) ) Le temps de rappatrier l'argent depuis paypal et Ulule sur mon compte pro, cela devrait prendre une à deux semaines environ.
  • Commande des PCBs, boitiers et composants (un à deux mois) : l'étape la plus délicate ! Grâce aux prototypes et à mon expérience, j'ai déjà pu établir une liste de fournisseurs fiables. Le problème étant les délais qui peuvent varier selon leur localisation géographique (les PCBs sont fait en Chine par exemple, les boitiers aux USA, avec les problèmes de douane que cela engendre). C'est aussi l'étape où des "surprises" peuvent arriver et retarder la livraison des kits / PCB / pédales terminés... Normalement, au vu des fournisseurs que j'ai sélectionné attentivement, tout devrait bien se passer, et je table donc entre un à deux mois à cause des délais de livraison possibles.
  • Perçage des boitiers et réalisation des effets / kits (deux semaines à un mois) : l'étape fun ! Je ferai de mon mieux pour que la réalisation soit effectuée rapidement, mais toujours qualitativement bien sûr. J'aurai 27 pédales assembler, le reste sera des kits (donc sans assemblage, ce qui me laisse que le perçage). J'ai déjà prévu des "tips" et outils pour accélérer la production en série, que je partagerai avec vous dans un article.
  • Réalisation des vidéos et guides d'assemblage pour les kits (une à deux semaines) : avant d'envoyer les kits, je tiens absolument à réaliser des vidéos qui vous montreront comment réaliser vos effets étape par étape : cela vous évitera de faire des erreurs, et je pense que ça vaut bien un peu d'attente supplémentaire !
  • Envoi de tout ça (une semaine) : je suis en train d'évaluer les transporteurs pour diminuer les coûs, mais aussi pour sécuriser l'envoi afin d'éviter les soucis. Pour l'instant, je privilégie la Poste pour le suivi des colis et la facilité pour les retirer à leurs bureaux (plutôt qu'UPS qui vous envoie en zone industrielle...)
Voilà ! Vous voyez que ça fait un sacré plan d'attaque. Si on prend la fourchette haute, on se retrouve avec 4 mois et demi d'attente, soit Février 2017... Je sais que ça fait long, mais je ferai vraiment tout mon possible pour vous envoyer tout ça le plus vite possible !

Pour les gens qui ont commandé le PCB de Jan Ray, vous avez de la chance, ça devrait aller très très vite puisque je les ai déjà en stock :) Ne reste qu'à finir le document de montage et je vous enverrai tout ça !

Vous serez tenu au courant de chacune de ces étapes. Si vous avez des commentaires ou avis, n'hésitez pas à commenter ce post. Enfin, pour suivre au jour le jour les infos sur le projet, likez la page Facebook Coda Effects, ou suivez Coda Effects sur Instagram ou Twitter.

Tonebender MKIII (Aion Electronics Phobos)

Voici ma dernière réalisation : un clone de Tonebender MKIII ! La Tonebender a connu de nombreux changement au cours de son existence. Au départ, c'était une fuzz très proche de la Fuzz Face, avec un son plus proche d'une distorsion que d'une fuzz (lisez mon post sur les différents types de fuzz). Elle est devenue rapidement populaire car utilisée par des stars de l'époque, comme Jimmy Page ou encore Jeff Beck.

La version MKII utilisait 2 transistors pour produire un son bien fuzzy. Cependant, la qualité de la fuzz dépendait beaucoup des caractéristiques des transistors germanium utilisés, comme chez la Fuzz Face. Pour éviter l'étape de sélection des transistors (où souvent seul un transistor sur 10 est correct - quand on a de la chance), la version MKIII utilise 3 transistors pour que la qualité du son soit moins dépendante des transistors utilisés.

Voici ma version :

Tonebender MKIII clone Aion Electronics Phobos

J'ai utilisé un boitier pré peint et un simple autocollant acheté à Londres il y a un bout de temps qui représente un sympathique power trio :) J'ai utilisé les mêmes boutons que sur la version MKIII originale, et la couleur bleue de la Park Fuzz :

Tonebender MKIII clone Aion Electronics Phobos

Et bien sûr, mon logo gravé au laser :

Tonebender MKIII Aion Electronics Phobos

Si cette fuzz vous intéresse, je la propose à la vente pour 165 euros (frais de ports compris, exemplaire unique).



A l'intérieur, j'ai utilisé un circuit imprimé "Phobos" de chez Aion Electronics. C'est un super PCB (comme la plupart des PCB de chez Aion Electronics, avec pas mal d'options qui permettent de la changer en Baldwins Buzzaround, en Vox Tonebener MKIII, en Park Fuzz ou en Prescription Electronics Yard Box! J'ai câblé en rouge et bleu pour que ça colle avec le schéma de couleur global !

Tonebender MKIII clone Aion Electronics Phobos

J'ai utilisé 3 transistors germanium Telefunken, des AC116. Leur gain est parfait pour ce genre de fuzz, et en plus ils sont plus faciles à trouver et moins chers que des AC128 qui sont pas mal utilisés pour les Fuzz Face. Ils ont aussi une forme sympa, faite pour gérer les changements de température.

Tonebender MKIII germanium transistors


Comment ça sonne ?

J'ai fait une vidéo rapide :


Comme les Fuzz Face, c'est une fuzz qui marche super bien sur un ampli déjà un peu en saturation, et qui est assez chaleureuse avec pas mal de basses. Elle réagit aussi pas mal au volume de la guitare (moins que la Fuzz Face ceci dit, à cause du premier étage de saturation avec 2 transistors)

Si cette fuzz vous intéresse, je la propose à la vente pour 165 euros (frais de ports compris, exemplaire unique).




Comment ça marche ?

Finalement, c'est un schéma de fuzz assez similaire à celui de la Fuzz Face : un premier étage de gain amplifie le signal, qui va faire saturer le dernier transistor : et voilà la fuzz ! La principale différence entre les deux circuit est que la Tonebender MKIII possède deux transistors dans son premier étage d'amplification, ce qui amplifie le signal énormément, et il n'y a donc pas besoin de boucle de feedback pour faire saturer le dernier transistor.
Voyons cela plus en détail.

Voici le schéma de la Tonebender MKIII :
Tonebender MKIII schematic

Et comme d'habitude, le schéma divisé en plusieurs parties :
Tonebender MKIII schematic
Le premier étage d'amplification amplifie le signal, et va faire saturer le transistor Q3 dans l'étage de saturation. Ensuite, un contrôle de tonalité va permettre de diminuer les aigus pour enlever un peu le côté "rapeux" de la fuzz, et un étage final permet de régler le volume sonore de la fuzz.
Vous pouvez remarquer que le circuit est en polarité inversée car les transistors utilisés sont de types PNP. Analysons chacune de ces parties.

Premier étage d'amplification
Le signal passe au travers d'un premier condensateur de couplage C1, ce qui empêche le passage d'un éventuel courant continu qui pourrait créer du bruit. R1 et R2 forment un pont diviseur de tension qui va permettre de biaser le transistor Q1.
Tonebender MKIII schematic
Vous pouvez remarquer que Q1 et Q2 sont placés l'un après autre. Cette configuration est appelée configuration Darlington, et permet d'amplifier le signal très fortement ! Q1 permet une première amplification, puis Q2 ré-amplifie le signal. Ainsi, on a une amplification très forte, même avec des transistors germanium possédant peu de gain. Cela nous permet d'éviter le boulot de tri des transistors qui est un des problèmes majeurs lié à l'utilisation de transistors germanium, dont la production est très variable et capricieuse. Un hfe de 60 est largement suffisant pour chacun de ces 2 transistors.

Après cet étage d'amplification "double", on trouve encore un condensateur de couplage, suivi par le potentiomètre de Fuzz, qui va réduire le signal amplifié. Quand on tourne le potentiomètre, la résistance augmente, ce qui diminue l'amplitude du signal et diminue donc la saturation du transistor Q3.


L'étage de saturation
Maintenant que le signal a été amplifié, il va rencontrer le transistor Q3 et va le faire saturer, créant ainsi une super saturation fuzzy qu'on adore !
Tonebender MKIII schematic
La diode germanium permet d'éviter les problèmes liés aux variations de température. En effet, les transistors germanium sont assez sensibles à la température. Quand la température change, les caractéristiques de la diode vont aussi changer, et vont compenser cela, évitant ainsi les problèmes de biasing du transistor en envoyant une partie du courant vers la masse. Je ne suis pas complètement sûr du mode de fonctionnement de ce système ceci dit, donc si vous avez des pistes permettant d'expliquer cela plus en détail, je prends !


Circuit de tonalité
A la différence de la Fuzz Face, la Tonebender MKIII comporte un réglage de tonalité qui permet d'enlever un peu d'aigus. C'est vraiment utile et donne un peu plus de versatilité à la fuzz !
Tonebender MKIII schematic
Le circuit de tonalité est composé de deux filtres passe bas. Un va couper les fréquences sous 7kHz (laisse passer les aigus en gros), et l'autre coupe à 159 Hz (filtre les aigus et les enlève). Le potentiomètre de tonalité mixe ces deux filtres et va donc permettre d'enlever plus ou moins d'aigus. Plus on tourne le potentiomètre vers la droite, plus le filtre de 159Hz est important et plus on enlève d'aigus.
C'est un circuit tout simple qui marche assez bien !


Réglage du volume
C'est un circuit tout simple qui ressemble fortement à celui présent dans la Fuzz Face.
Tonebender MKIII schematic

Une première résistance diminue le signal, et un potentiomètre de 100k permet d'envoyer plus ou moins de signal vers la masse, et donc de régler le volume final de la fuzz !


Et voilà ! J'espère que ça vous a plu !
Si cet article vous a été utile, n'hésitez pas à me remercier en likant la page facebook Coda Effects !


Pour aller plus loin (en anglais) :