12 méthodes pour customiser vos pédales d'effet DIY

Un des aspects les plus gratifiants quand on fabrique des pédales d'effet, c'est d'avoirson design personnalisé de A à Z !

Cependant, ce n'est pas toujours évident quand on débute d'arriver à faire des choses propres et professionnelles. Dans cet article, je vais vous présenter différentes techniques pour faire vos propres designs, des plus simples jusqu'aux plus complexes.


1. Boitiers nus

La méthode la plus simple : laisser le boitier dans son plus simple appareil,

Personnellement, je vous le déconseille.
DIY guitar pedal bare aluminum
Franchement, ça n'a quand même pas le look de l'année. Cela ne reflète pas vraiment non plus le temps que vous avez passé à réaliser votre effet...

Ça peut être pratique pour tester rapidement un prototype et améliorer le design par la suite. En pratique cependant, cela arrive assez rarement. De mon côté, j'aime avoir des prototypes bien propres donc très peu pour moi !
  Pour
  • C'est toujours mieux davoir un boitier
  • Pas cher
  • Rien à faire à part percer

  Contre
  • Plutôt moche
  • Ne reflète pas vraiment la qualité de votre travail...


2.Boitier en alu brossé


Voilà un look quand même bien plus sympa, et la bonne nouvelle, c'est que cela ne vous prendra que quelques minutes à réaliser !

Voici un exemple de Big Muff que j'ai réalisé de cette façon :

Polished guitar pedal

Avec un peu de papier  verre fin, on peut polir le boitier, toujours dans le même sens. Je commence généralement par du 150, avant de finir par du 400. Faites tout cela sous un robinet qui coule pour bien évacuer la poussière d'aluminium. Une fois que vous êtes satisfait du résultat, on peut appliquer 2/3 couches de vernis

Attention : j'ai remarqué que la qualité finale du brossage dépend énormément de la qualité de l'aluminium du boitier. Si vous voulez une finission type "miroir", il vous faut vraiment arriver à trouver des boitiers de bonne qualité,
Voici un bon tutorial (en anglais) pour arriver à ce type de finition "chromée".

  Pour
  • Look sympa
  • Facile à faire
  • Pas cher

  Contre
  • Peut prendre du temps
  • Dépend de la qualité de l'aluminium


3. Peinture en bombe

Personnellement, je ne vous recommanderait pas de peindre vos effets vous même à la bombe. Lisez l'article que j'ai écrit à ce sujet.

Si vous voulez quand même persister dans cette voie, je vous recommande d'appliquer des couches très fines, au moins trois fois. Attendez bien que chaque couche sèche avant d'appliquer la suivante. Surtout, faites le à l'extérieur, les peintures en bombe peuvent être assez toxiques ! Je vous recommande aussi d'appliquer plusieurs couches fines de vernis.
  Pour
  • Facile à faire
  • Pas très cher

  Contre
  • Cela prend du temps... Au moins 2 jours pour faire les 3 couches !
  • Toxique
  • Se détériore facilement


4. Peinture Hammertone

Une peinture un peu spéciale que je recommanderai plus est la peinture type "Hammertone". C'est une peinture en relief qui donnera vraiment un super style vintage à vos créations. En plus, elle ne se détériore pas aussi facilement que la peinture en bombe classique.

Voici un superbe exemple réalisé par Basic Audio:
hamertone guitar pedal

Voici un bon tutorial (en anglais)
  Pour
  • Assez facile à faire
  • Pas cher
  • Super look vintage !

  Contre
  • Prends du temps
  • Toxique : faites cela à l'extérieur


5. Boitiers pré peints

La peinture par poudre est un type de peinture utilisée classiquement sur les surface métalliques (voitures, avions...). Cela donne un look très professionel et surtout, cela ne s'en va pas facilement. La plupart des boitiers de pédales commericales sont peints avec cette méthode.

Voici un exemple avec une Jan Ray réalisée par mes soins :
prepainting guitar pedals

Il est possible d'acheter des boitiers déjà peints, ou de les faire vous-même.Les faire soi-même n'est pas si compliqué, mais nécessite tout de même d'investir dans un pistolet à peinture, d'acheter de la poudre et faire cuire vos boitier... C'est donc un peu long et demande un peu d'investissement, mais cela peut valoir le coup si vous voulez faire pas mal de boitiers.
  Pour
  • Super propre, et vraiment beau
  • Rien à faire si vous achetez des boitiers prépeints
  • Standard professionnel !

  Contre
  • Un peu cher par rapport à un boitier nu (environ 12€/boitier)
  • Pas de design "custom", juste couleur et vernis


6. Gravure

Il est tout à fait possible de graver les boitiers en aluminium, c'est un moyen relativement simple d'avoir un design personnalisé, sans dépenser trop d'argent, ni y passer trop trop de temps. Il faut pratiquer un peu avant d'obtenir de bons résultats cependant.

Généralement, on imprime un masque (image inversée de ce que l'on veut graver) que l'on applique sur la pédale, puis on applique de la soude qui va creuser les zones non couvertes par le masque. On peut ensuite passer un coup de bombe et poncer finement pour faire ressortir les surfaces en relief.

Voici un exemple assez exceptionnel :

Aluminium etching guitar pedal
 
Voici un super tutorial (en anglais). Ce n'est pas une technique facile à maitriser, arriver à autant de détail de finesse que sur l'exemplaire ci dessus vous demandera un peu de pratique, mais cela peut donner assez facilement de bons résultats.

  Pour
  • Peut donner de supers résultats
  • Pas cher
  • Fun ! On a un design entièrement customisé

  Contre
  • Demande un peu de pratique avant d'arriver à de bons résultats
  • Attention avec la soude
  • Prends un peu de temps


7. Gravure inversée

C'est une technique similaire à celle ci dessus, sauf qu'on faire ressortir ce qu'on veut faire apparaître. On va donc creuser une plus grosse surface sur la pédale, ce qui rend cette technique un peu plus complexe à maitriser, mais donne un gros avantage : on peut y appliquer des couleurs facilement !

J'avais testé cette technique sur une de mes premières pédales :

Reverse etching guitar pedal

Cody, qui présente ces effets sur son blog "They Remained Silent", est un expert de cette technique, et a rédigé un excellent tutorial à ce propos. Comme la gravure, cela peut être un peu long avant de maîtriser cette technique, mais je pense que cela vaut vraiment le coup !

  Pour
  • Super looks
  • Pas cher
  • Fun!

  Contre
  • Pas toujours facile au début
  • Attention à l'acide
  • Peut prendre du temps
  • Nécessite de peindre au spray...
  • Peinture qui se dégrade facilement


8. Décalcomanies

C'est un moyen simple d'avoir un design personalisé. Je ne m'en suis jamais trop servi, car il était difficile pour moi d'avoir un résultat propre. Voici un bon tutorial vidéo, un autre ici sur le site de la Big Muff Page.

Si vous êtes bons avec Photoshop ou Illustrator, c'est un bon moyen de faire des designs personnalisés et de les utiliser sur vos pédales d'effet. Imprimez votre design sur du papier transfert (certains papiers fonctionnent mieux que d'autres, prenez le temps de vous renseigner), puis appliquez le sur votre pédale d'effet. Vous pouvez aussi utiliser des boitiers pré peints, puis vernir pour un rendu plus durable.

Cette technique est simple, mais il n'est pas si facile que cela d'avoir des résultats bien propres. On se retrouve assez facilement avec des plis et des reliefs visibles... Un bon moyen d'avoir un look très professionnel est d'utiliser un vernis epoxy type "Envirotex"

  Pour
  • Facile à faire
  • Pas très cher
  • Design personnalisé

  Contre
  • Prend du temps
  • Pas forcément un bon rendu final


9. Gravure laser

Une autre possibilité est d'utiliser une découpeuse laser. Ce sont des machines industrielles avec un puissant laser guidé par ordinateur, capables de découper du plastique, du bois, du métal... En réglant bien la puissance de la machine, on peut enlever uniquement la couche de peinture supérieure pour laisser apparaître l'aluminium, et marquer ainsi son propre design.

Les découpeuses laser sont très précises (jusqu'à 0,1mm et plus !) et on obtient ainsi un design impeccable, très professionnel. Voici un super exemple réalisé par Function f(x) sur son modèle Third Rail:

Laser engraving guitar pedal

Cependant, cela ne marchera pas forcément très bien avec une couleur sombre à cause de la couleur de l'aluminium (gris foncé). Une autre difficulté est de trouver une découpeuse laser où faire cela ! Ce sont des machines chères et pas forcément simples d'utilisation. Je vous conseille de passer par un FabLab, ou bien de trouver un fournisseur qui peut vous faire des petites séries à tarifs raisonnables (pas évident)
  Pour
  • Super look
  • Design personnalisé
  • Très précis

  Contre
  • Peut revenir cher
  • Demande de pouvoir avoir accès à une découpeuse laser


10. Plaque gravée au laser

C'est une approche qu'on trouve sur de plus en plus de pédales commerciales aujourd'hui, assez facile à mettre en place, et plus flexible que graver des boitiers.

Au lieu de graver le boitier directement, on grave une plaque colorée, en bois ou autre que l'on peut coller par la suite sur le boitier. Il existe des plaques qui ont deux couches colorées faites exprès pour ce genre de gravure, ce qui rend la chose possible avec des couleurs sombres.
 
On les trouve sur les Greer Amps par exemple, mais aussi sur les pédales de la marque française Anasounds que je trouve superbes :

Anasounds Guitar pedals
C'est un bon moyen pour faire des pédales de qualité sans trop s'embêter, et ça donne vraiment des résultats de qualité, pour généralement moins cher que de l'impression UV par exemple.

Vous pouvez combiner cela avec des boîtiers pré-peints pour avoir un look vraiment professionnel. Cependant, il n'est pas toujours facile de trouver un fournisseur pour de petites quantités, ou d'avoir accès à une découpeuse laser. C'est cependant généralement plus simple que sur des boîtiers complets. C'est ce que je fais pour mes logos Coda Effects par exemple !
  Pour
  • Très beau
  • Relativement facile à faire
  • Design custom

  Contre
  • Pas donné
  • Difficile de trouver un fournisseur pour de petites quantités


11. Sérigraphie

Cette technique est plutôt réservée aux pro. Les résultats sont superbes, et vous pouvez réaliser des centaines de boîtiers en quelques heures. Walrus utilise cette technique pour leur pédales par exemple :

Silkscreening guitar pedals

On utilise un cadre contenant une toile très fine qui laisse passer la peinture qu'à certains endroits (comme un pochoir, mais bien plus précis). Avec un genre de râteau, on vient appliquer la peinture sur des boîtiers pré peints. C'est très rapide et hyper précis. Voici une vidéo :


C'est une bonne technique pour réaliser beaucoup de pédales d'un coup.

Cependant, ce n'est pas une technique aussi simple que cela en a l'air. Fabriquer le cadre est assez complexe, nécessitant d'appliquer des UV sur une plaques sensible. Il est cependant possible de commander les cadres prêts. Appliquer la peinture est aussi un procédé complexe (et salissant !), qui nécessite pas mal de pratique.

Mais une fois que vous maîtrisez la technique, vous pouvez vraiment faire énormément de pédales d'un coup. C'est très précis, et durable dans le temps, le tout avec un look hyper professionnel. Un des problèmes, c'est que vous ne pourrez pas utiliser plusieurs couleurs, ou alors il vous faudra créer un cadre par couleur, source possible de problèmes (décalage entre les couleurs....etc.)

La bonne nouvelle, c'est que cette technique peut aussi s'appliquer à plein d'autres objets : affiches, t-shirts...
  Pout
  • Look professionnel
  • Design personnalisé
  • Très résistant dans le temps

  Contre
  • Difficile à faire soi-même
  • Demande de l'espace et de la pratique
  • Une seule couleur possible


12. Impression UV

C'est un peu la technique ultime : on peut imprimer ce qu'on veut directement sur le boîtier !
C'est la technique que j'ai utilisé pour mes projets commerciaux comme la Dolmen Fuzz et le Montagne Trémolo :

Coda Effects Montagne Tremolo

Les imprimantes UV sont très chères, pour ne pas dire inabordables, et la plupart des fabricants professionnels les louent. Une technique plus accessible aux hobbyistes comme nous est de passer par les services d'une autre entreprise comme Pedal Parts Plus.

Pedal Parts Plus peuvent vous imprimer des pédales pour des tarifs assez raisonnables (si on part sur un minimum d'une dizaine de boîtiers...). Ils sont cependant basés aux USA, ce qui ajoute donc des délais mais aussi des frais de douane... En tout cas les gens qui y travaillent sont vraiment super agréables et prêt à aider et je vous recommande vivement leur services si vous envisagez de passer sur une plus grosse série.

  Pour
  • Look professionnel 
  • Impression complètement libre : toutes les couleurs, formes possibles !
  • Résistant dans le temps

  Contre
  • Cher
  • Pas facile à mettre en place
  • Pour des séries >20 pédales

Et voilà ! Bien sûr tout n'est pas noté ici, et il y a plein d'autres choses possibles ! N'hésitez pas à vous inspirer sur les forums en regardant ce que les autres font

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C'est quoi la boucle de masse ?

Hier, en ouvrant ma boite mail, j'ai encore eu le plaisir de découvrir le message d'un débutant qui a décidé de se lancer après avoir lu mon site, et qui m'a posé plein de questions. Parmi celles-ci, une question qui revient souvent : "J'ai du bruit sur mon circuit, est-ce que ça pourrait être une boucle de masse ?".

Parmi les vieilles légendes et serpents de mer qui hantent le monde du DIY des pédales d'effet, la boucle de masse est clairement le plus courant ! Ce serait la cause principale de tous vos problèmes : bruit, courts circuits et autres joyeuseries qu'on rencontre quand on débute.

Montagne Tremolo PCB


J'ai donc décidé d'écrire cet article pour s'attaquer à tout ça, en commençant par le début :



Qu'est-ce que la masse ?

La masse est le point de référence du circuit à 0V. Sur les schémas, on le repère par les symboles suivant :

Masse symbole

Pour que le point de référence soit le même dans tout le circuit, il faut donc connecter toutes les masses ensemble !

Pour nous faciliter la tâche quand on conçoit les circuits, généralement on place ce qu'on appelle un "plan de masse". C'est une large surface conductrice qui permet de connecter facilement toutes les masses entre elles.

Sur cette photo, vous pouvez voir le plan de masse entre les composants et les pistes. J'ai entouré une patte de R21 qui est reliée au plan de masse :
Connexion au plan de masse

On voit bien la forme de croix qui permet de la relier au plan de masse.

Je vous entends déjà demander : mais qu'est-ce qui se passe quand on ne connecte pas les masses entre elles ?

En faisant cela, on crée une différence de potentiel entre les masses, c'est à dire une tension ! Généralement votre circuit ne fonctionnera pas, car le point de référence n'est pas le même partout.



Mais alors, la boucle de masse, c'est quoi ?

Généralement, la masse est reliée à la terre. C'est le plot qui dépasse de vos prises, qui permet de relier les appareils électriques à la terre et évite les électrocutions.

Cependant, il arrive que des prises de terre ne soient pas connectées entre elles. Bien qu'il s'agisse de 2 points de référence, il existe une différence de potentiel et on crée une petite tension entre elles, et donc entre les masses !
Boucle de masse

Cette différence est généralement très faible, mais quand on les connecte entre elles, par exemple avec des câbles, cette différence de voltage va générer un courant va circuler dans la masse et créer du bruit... Généralement, le bruit est modulé par la fréquence des prises, c'est à dire 50Hz, et on entend donc un gros buzz : c'est une boucle de masse !

Boucle de masse guitare électrique

Vous comprenez donc que dans ce cas, les boucles de masse vont surtout dépendre de votre installation électrique.

Cependant, la même chose peut arriver avec vos pédales d'effet ! Parfois, chaque pédale peut créer une masse légèrement différente, ce qui crée des courants de masse ! C'est pour cela qu'on recommande généralement des alimentations isolées. Le transformateur présent à chaque sortie va isoler les masses et éviter les boucles de masse !
Boucle de masse guitare électrique
Cependant, même avec une alimentation isolée, il peut toujours y avoir des boucles de masses créées par les jacks comme dans le cas précédent. Vous comprenez donc le casse tête auquel on s'expose quand on câble un pedalboard de temps en temps !

C'est pour ça qu'il est important d'essayer d'empêcher les pédales d'avoir des différences de potentielles entre elles.
Mais comment faire ?



Boucles de masse et câblage en étoile

Idéalement, il faut éviter les chemins multiples possibles pour la masse. Si plusieurs chemins relient la masse au même endroit, on risque de créer une différence de potentiel pouvant générer du bruit ! Lorsqu'on utilise un plan de masse, il faut donc faire attention à ne pas le diviser en plusieurs morceaux pour éviter ce genre de soucis.

Une bonne pratique que je recommande pour vos pédales DIY est le câblage "en étoile" : on relie toutes les masses en un point, généralement la borne négative de l'entrée d'alimentation.
C'est la configuration que je recommande dans mon article sur le câblage.



Masse et antenne

Et comme c'est encore trop simple, il faut savoir que la masse peut aussi jouer le rôle d'antenne ! 

C'est pour ça qu'il est important de relier le boitier à la masse pour créer une cage de faraday qui va protéger le circuit des nuisances extérieures ! Un boitier métallique conducteur est donc indispensable pour une pédale d'effet. Les boitiers en aluminium sont donc ce qui se fait de mieux, évitez les boitiers en plastique ou résine.

Lorsqu'on utilise des circuit numériques, les hautes fréquences utilisées par les chips numériques peuvent être reçus par la masse du circuit analogique et créer du bruit. Il est donc important d'isoler la masse analogique et numérique en les séparant physiquement et en les connectant en un point.

C'était un des points délicats avec le Montagne trémolo, qui m'a demandé pas mal de travail de conception pour en venir à bout !



Et voilà, j'espère que tout cela est clair pour vous maintenant ! Postez un commentaire si jamais vous avez des questions !

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Pour aller plus loin


Les schémas utilisés pour cet articles ont été réalisés à partir d'icônes provenant du site The Noun Project qui sont protégées par la license Creative Commons.

Relay Bypass: code final

A la suite de la campagne de crowdfunding, j'ai décidé d'améliorer le code du Relay Bypass.

En effet, le premier code du relay bypass ne s'active que quand on relâche le switch, ce qui n'est pas toujours évident et pratique. De plus, je voulais implémenter un switch permettant de choisir entre une activation "classique" et une activation "temporaire" de l'effet, que j'utilise notamment dans le Montagne Tremolo.


Ici, je vais donc vous présenter mes avancées en détaillant un peu chaque section du code.

Si vous n'avez pas encore lu mon article sur le Relay Bypass, je vous conseille de le lire avant de vous lancer dans celui ci. J'y présente toutes les bases et outils nécessaires pour se lancer avec les microcontrôleurs PIC.

 Astuce ! Le code complet est disponible sur Github. Avec les fichiers relayonpress.c et header.h et vous aurez tous les fichiers nécessaires pour coder ou graver vos chips.

Si vous avez un compte Github, n'hésitez pas à mettre une "Star" au projet pour suivre son évolution, ou à utiliser le "Fork" pour faire votre propre version !

Allez, c'est parti !

Development Hell : mon projet de multi-fuzz

Aujourd'hui, je vais vous présenter le concept de "Developement Hell" : c'est un endroit très spécial où les projets foireux nécessitant beaucoup d'ajustement et de développement restent bloqués (généralement sur le coté de mon atelier...). Aujourd'hui, je vais vous présenter un des projets qui traine un peu sur le coté.

C'est un concept de "multi fuzz" ! En fait, j'adore les fuzz, mais je trouve que la principale différence entre les fuzz, c'est la nature même du circuit. C'est toujours surprenant de voir que même après beaucoup de modifications, un circuit de Big Muff sonnera toujours "comme une Big Muff", et qu'une Fuzz Face sonnera toujours "comme une Fuzz Face" !

J'ai donc décidé de créer une pédale qui réunit 3 pédales de fuzz différentes : une Fuzz Face germanium, une Muff Fuzz et une Companion Fuzz. On a donc une Fuzz Face plutôt "douce" et chaleureuse, une Muff Fuzz plus compressée et heavy, tandis que la Companion Fuzz produit un son très râpeux, agressif et nasillard.

J'ai par ailleurs décidé d'ajouter une option pour avoir une octave supérieure qu'on peut combiner avec les fuzz, sur la base d'un Green Ringer ! Ainsi, on peut ajouter une octave supérieure à chacune des 3 fuzz (et sur le son clair), pour avoir un son style "Octavia", sympas pour les morceaux à la Hendrix.

Et tout ça dans un boitier 125B bien sûr...

Voici à quoi ça ressemble pour l'instant :



Une station de soudure de qualité à prix raisonnable : la Hakko FX888D

On va pas se mentir : notre bon vieux fer à souder à 20 euros n'est pas toujours le meilleur outil pour travailler.

J'ai rencontré quelques soucis avec le mien : pas de support pour le poser, ce qui peut être assez dangereux s'il tombe. De plus, le cordon d'alimentation est assez court et pas vraiment flexible, ce qui ne le rend pas toujours très pratique à manier. Enfin, il met pas mal de temps avant d'atteindre sa température de fonctionnement, et 30W peuvent parfois être un peu faible pour les grosses soudures sur les potentiomètres ou jacks.

J'ai donc profité de la campagne de financement participatif pour investir un peu dans une station de soudage.

Après pas mal de recherches, j'ai trouvé ce petit bijou : la Hakko FX888D, une station de soudage japonaise qu'on peut trouver à 138 euros sur Amazon.

Voici la mienne :

Hakko FX888D

Gibson Maestro Fuzz-Tone FZ1A (1966)

La Maestro Fuzz Tone est tout simplement la première fuzz disponible commercialement ! Autant vous dire qu'on se sent comme un archéologue / historien quand on inspecte cet effet ! On m'en a passé une à réparer, qui avait quelques soucis de faux contacts avec le jack inclu. La voilà :

Maestro Fuzz Tone FZ1A 1966

Elle est vraiment en bon état pour une pédale cinquantenaire ! J'ai pu la dater en lisant la valeur inscrite sur les potentiomètres : 1966 ! Il y a aussi un numéro de série, mais je n'ai pas trouvé de manière de dater la pédale à partir de celui-ci. Chaque numéro de série correspond au numéro de la pédale : plus il est petit, plus la pédale est vieille. La fuzz fait une taille raisonnable pour une fuzz vintage (comparé à la Supa Tonebender de 1975 que j'ai eu sur mon établi), elle pourrait même trouver sa place sur un pedalboard !

Sur la façade avant, on trouve deux contrôle : Volume et "Attack" (qui ajuste la quantité de fuzz). C'est la seconde version de la Fuzz-Tone, la FZ-1A. Les deux boutons de potentiomètres sont aussi originaux, on reconnaît les "reflector knobs" utilisés sur les Les Paul de l'époque.

Maestro Fuzz Tone FZ1A 1966

En effet, la pédale était fabriquée par Gibson dans la même usine que les Les Paul à Kalamazoo dans le Michigan ! Ainsi, pas mal de composants étaient partagés avec les Gibson Les Paul : les boutons de potentiomètres, mais aussi l'entrée jack, les potentiomètres et certains condensateurs de faible valeur. Je pense que ça devait aider Gibson a proposer des prix un peu plus bas. La Fuzz-Tone FZ1 était vendue 40$ à l'époque (ce qui équivaut quand même à 300$ d'aujourd'hui...). Gibson a aussi inclus le circuit directement dans certaines guitares comme la Gibson EB-0F, la Gibson EB-SF 1250 et l'Epiphone Newport EB-SF (des raretés !) !

A l'intérieur du boitier, le circuit est assez simpliste ! Il y a trois transistors germanium pnp, câblés sur une carte à oeillets en bakélite. La FZ1 originale utilisait trois transistors 1n270, tandis que la version FZ1-A utilise des Motorola 2n2614. On peut aussi repérer des résistances carbones bien old school des années 60 !

Maestro Fuzz Tone FZ1A 1966 circuit

Ici, les condensateurs électrolytiques ont été remplacés (très courant, en effet, les condensateurs électrolytiques ont tendance à fuir en vieillissant et sont souvent remplacés), le condensateur jaune de la marque Suntan n'est pas original. Mais tout le reste date de l'époque ! C'est assez extraordinaire de découvrir un vieux circuit parfaitement conservé comme ça, on a l'impression d'ouvrir la tombe de Toutankhamon !

Un petit zoom sur un des transistors :

Maestro Fuzz Tone FZ1A transistors

La Fuzz-Tone a seulement une entrée, un jack inclus permet de la connecter à l'ampli. Après tout, c'est le premier effet pour guitare, donc les pedalboard n'était pas vraiment monnaie courante à l'époque ! A noter que la pédale est alimentée par une pile AA, en 1.5V donc !


Histoire de la Maestro Fuzz-Tone

La Maestro Fuzz-Tone est la première fuzz disponible ! Au début des années 50, les guitaristes de blues poussaient leurs amplis pour faire tordre le son et commençaient à découvrir la saturation. Certains musiciens allaient jusqu'à percer le cône des hauts parleurs au cutter pour créer une plus forte saturation ! En 1961, Grady Martin acheta un transformateur endommagé qui créait naturellement de la saturation et enregistra "The Fuzz" avec. Le nom de "Fuzz" était né !


La chanson devint assez célèbre et pas mal d'artistes voulurent obtenir le même son saturé. Cependant, le transformateur tomba définitivement en panne peu après l'enregistrement de la chanson... Glenn Snody, le propriétaire original du transformateur et Revis Hobbs, un ingénieur radio, voulurent recréer le son du transformateur en utilisant des transistors. Et la Fuzz-Tone fut ! Snody et Hobbs dévoilèrent le circuit à Gibson, qui développa par la suite un prototype et commercialisa une première série de 5000 pédales en 1962, à 40$ l'unité.

La publicité originale pour la Fuzz-Tone est assez marrante. Pour Gibson, la Fuzz-Tone était un moyen de reproduire le son d'un orgue ou d'instruments à vents. Ce qui parait complètement délirant quand on entends le son nasillard, agressif et saturé de la FZ1! Ecoutez cet enregistrement, ça vaut le détour :


A vrai dire, je ne sais même pas comment ils ont enregistré ces sons, je suis incapable de reproduire ce type de son chez moi ! Il y a une certaine nostalgie à écouter ce disque : on a l'impression d'assister aux tout début du rock, avec une certaine naïveté du commentateur qui est loin de se douter de ce que cette fuzz donnera par la suite...

La Fuzz-Tone fut un échec commercial, Gibson n'a vendu que les 5000 effets originaux entre 1962 et 1965 (les magasins n'en vendaient pas et n'en recommandaient donc pas !) ! Cependant, en 1965, les Rolling Stones sortent "Satisfaction", dont le riff principal est enregistré avec la FZ1. Keith Richards l'utilisa pour émuler le son de trompettes, le groupe n'incorporant pas de cuivres à l'époque.

La Fuzz-Tone devint alors très célèbre (il y avait déjà de la hype pour les effets à l'époque !) et Gibson vendit plus de 40 000 pédales au cours des années suivantes ! La Fuzz-Tone a aussi inspiré pas mal d'autres fabricants qui se lancèrent dans la fabrication de fuzz : c'est le début des Tonebender, Fuzz Face... et le début du rock !



Versions et autres modèles de la Fuzz-Tone

La FZ1 a été déclinée en plusieurs modèles. La FZ1 originale était un échec commercial.... Et la version la plus collector de la FZ1 puisque Gibson ne fabriqua que les 5000 pédales de la première série (moins que la Klon Centaur !). Il existe 4 versions principales de la FZ1. Allez hop, trouvez les 7 différences :


En 1965, les Rolling Stones rendent la FZ-1 célèbre, et Gibson relance donc la production avec un autre modèle la FZ-1A. Cette version n'utilise pas les mêmes transistors (2n2614 au lieu des 2n270 originaux), et n'utilise qu'une seule pile AA au lieu de deux ! Il y eu aussi quelques changements dans le circuit : les deux condensateurs électrolytiques de 20 uF ont été remplacés par des 1 uF, et la résistance située au niveau du collecteur du deuxième transistor fut remplacée par une 10k au lieu de 1.5k, sûrement pour compenser le passage de deux à une pile. Le nom du modèle est clairement écrit sur la façade, avec "FZ-1A" au lieu de "FZ-1".

La pédale était fabriquée au départ dans l'usine de Gibson à Kalamazoo, mais la FZ-1A fut par la suite fabriquée à Lincolnwood en Illinois vers 1968. Le nom de l'usine est clairement indiqué sous le logo Gibson. Les numéros de séries sont aussi plus importants pour cette série.

Enfin, la FZ-1A fut rééditée fidèlement par Gibson en 2002, en reproduisant exactement le circuit et boitier, avec les mêmes transistors ! Elles sont assez facile à reconnaître car fabriquée à Nashville dans le Tennessee (écrit sous le logo Gibson), et ne comportent pas de numéro de série.
La FZ1 a aussi eu ses successeurs. Maestro sorti la FZ1-B, qui utilise des transistors silicium. Le circuit est assez différent, alimenté par une batterie 9V, et cette fuzz sonne différemment. Le son est plus fin, moins saturé et assez "râpeux". Elle est représentée ici à gauche :


Plus tard, Maestro sort une nouvelle version, al FZ1-S, dans un énorme boitier au look super cool, avec un cercle métallique rappelant un CD. Le circuit n'a rien à voir avec la FZ1 originale, mais se rapproche plus d'un Fender Blencer ou d'une Univox Super Fuzz (sans octave).



Numéros de série de la FZ1 : datez votre FZ1

Lorsque les potentiomètres sont changés ou illisible, la FZ1 peut être assez difficile à dater. J'ai essayé de dater les pédales par rapport aux numéros de série disponible en ligne. Rien d'officiel cependant, j'ai envoyé un mail à Gibson, je verrai bien si je reçois une réponse. En attendant, si vous êtes l'heureux possesseur d'une FZ1, vous pouvez me donner le numéro de série et l'année de votre FZ1 en commentaire pour compléter le tableau !
Modèle Année Usine Envoyées Min-Max
Serial
Numéro de série
FZ1 1962 Kalamazoo, Michigan 5461 870-4628 1-5461
FZ1-A 1965 Kalamazoo, Michigan 3454 6174-? 5462-8916
1966 Kalamazoo, Michigan 20943 10665-21354 8917-29860
1967 Kalamazoo, Michigan 6625 22933 29861-36485
1968 Kalamazoo, Michigan ? 42276 36486-42276
FZ1-A Lincolnwood, Illinois ? 43762-44537 43762-44537
FZ1-B Lincolnwood, Illinois ? - -
FZ1-A Reissue 2002 Nashville, Tennessee ? - -
Pour dater une FZ1, le plus simple est de procéder à ces étapes :
  • Trouvez le nom du modèle en façade (FZ1 ou FZ-1A?)
  • Trouvez le lieu de fabrication (Kalamazoo, Lincolnwood ou Nashville?)
  • Lisez le numéro de série et lisez le tableau ci dessus
  • Si le numéro de série de votre pédale n'est compris dans la liste ci dessus, ouvrez la et lisez le code sur les potentiomètres. N'oubliez pas de me donner votre numéro de série et l'année en commentaire !


Analyse du circuit

Comme mentionné précédemment, le circuit s'articule autour de trois transistors :

Comme d'habitude, on va le diviser en "blocs fonctionnels" :
Maestro Fuzz FZ1A schematic


Vous pouvez déjà voir que le circuit est en polarité inversée à cause des transistors pnp, et qu'il fonctionne avec 1.5V seulement !

Input stage

L'étage d'entrée permet simplement de baisser l'impédance du signal d'entrée et d'enlever quelques basses.


Tout d'abord, il y a un condensateur de couplage de 0.01 uF. Cela empêche d'éventuels courants continus parasites d'entrer dans le circuit. Sa faible valeur vous fait aussi perdre quelques basses, ce qui contribue au son nasillard et aigu caractéristique de la Fuzz Tone.

Le premier transistor est câblé en collecteur commun (ou émetteur suiveur), pas forcément commun dans les pédales d'effet. Cela permet d'adapter l'impédance du signal de la guitare. L'émetteur du transistor est directement connecté à l'alimentation. Ainsi, le gain est d'environ 1, et ce transistor se contente de laisser passer le signal, en diminuant l'impédance.

Il y a un deuxième condensateur de couplage, de haute valeur, qui laisse passer les basses.


Saturation stage

C'est ici que la fuzz apparait !
saturation stage FZ1
Le bias (la quantité de courant qui passe) au niveau de la base du transistor Q2 est défini par R4, R5 et R6. Le potentiomètre "Fuzz" est câblé en résistance variable, parallèlement à R6. Ainsi, quand on tourne le potentiomètre Fuzz, on fait varier sa valeur, et on fait donc varier le bias. Plus on tourne vers la droite, plus il y a de courant qui va passer au travers de la base.

Ainsi, il y a trop de courant qui passe au niveau de Q2 : le transistor sature !

Par ailleurs, il n'y a pas de résistance au niveau de l'émetteur, et R7 a une valeur élevée : il y a un gain énorme que le transistor n'est pas capable de gérer : il sature ! Si on remplace R7 par une valeur plus élevée, on augmente encore la saturation !

C3 est un condensateur de couplage qui empêche le passage d'un éventuel courant continu parasite vers la suite du circuit. Sa valeur importante laisse passer toutes les fréquences.



Output stage

L'étage de sortie permet de récupérer un volume de sortie correct, voire même de booster un peu le signal !
maestro FZ1 output stage

Le schéma est assez simple : le transistor Q3 amplifie le signal énormément (et sature aussi : il n'y a pas de résistance à l'émetteur, et la valeur de R9 est aussi élevée : on a un gain important)

Le condensateur C4 est aussi un condensateur de couplage. C4, à cause de sa faible valeur (10 nF) va aussi enlever des basses. Si vous le remplacez par un condensateur avec une valeur plus importante, la pédale aura un son plus chargé en basse et un peu plus boueux. Ca fait un son plutôt sympa, ça change vraiment le caractère de la fuzz !

Enfin, un potentiomètre de volume câblé en résistance variable va envoyer plus ou moins de signal à la masse. Plus on tourne le potentiomètre vers la droite, plus la résistance vers la masse augmente, et donc plus il y a de signal qui sort du circuit : on augmente le volume ! C'est le même contrôle qui est utilisé sur la Fuzz Face.



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