Fiabilité et pédales d'effets : 5 astuces pour des pédales plus durables

Je construit des pédales d'effets depuis maintenant plus de 3 ans, et je commence à voir apparaître quelques pannes. De plus, pas mal de gens m'envoient des pédales à réparer. Dans cet article, je vais vous décrire quelles sont les pannes les plus courantes que j'ai rencontré, comment les réparer et comment construire vos pédales pour les rendre plus durables, ou plus facilement réparables.
Oxydation chip pédale guitare

1. Les switchs 3PDT

Les 3PDT qu'on utilise pour câbler nos pédales en true bypass sont LA cause numéro 1 des pédales qui ne fonctionnent plus ou mal. Un switch 3PDT endommagé va causer des coupures dans le son, la pédale va être plus difficile à activer. Les 3PDT (et les switchs de manière générale) sont des composants "mécaniques" qui sont prévus pour résister à un certain nombre d'activations. Par exemple, pour un 3PDT de bonne qualité (alpha), la datasheet mentionne une résistance pour 30 000 cycles. Cependant, en pratique, nos switchs durent bien moins longtemps que ça, faut dire que les conditions d'un concert les mettent à rude épreuve ! De plus, on utilise rarement des switch de bonne qualité, mais plutôt les "China Blue" qui sont bien moins chers (et moins résistants...).

Remplacer un switch est une opération facile mais qui peut être pénible car il faut tout recâbler. Pour faciliter les choses, vous pouvez utiliser un "mini circuit imprimé" spécialement pour le 3PDT, avec un câble en ruban. Beaucoup de fabricants professionnels utilisent ce système. Voici un exemple de chez Electro Harmonix:
3PDT board electro harmonix PCB
Et si on veut quelque chose de plus fiable ? Une solution efficace est d'utiliser un relai comme switch mécanique qui va permettre de switcher le signal. Un switch sans clic SPST peut être utilisé avec un microcontrôleur qui peut activer un relai pour faire passer le signal vers la pédale. En effet, les relais sont beaucoup plus résistants et peuvent "survivre" à un nombre de cycles d'activation énorme comparé au 3PDT. Par exemple, un Panasonic TQ2-L 5V, qui un relai électromécanique classique, peut durer entre 10 et 100 millions de cycles ! Le switch SPST est extrêmement facile à remplacer (2 fils !) et dure un peu plus longtemps qu'un 3PDT (50 000 cycles). Voici un exemple issu de la Bitquest de chez Dr Scientist (super marque !) :
 Relay Bypass guitar pedal
Je compte utiliser ce genre de système sur mes pédales très bientôt. J'ai déjà écrit et testé un code en C sur un microcontrôleur PIC 12F675. Je suis en train de designer un PCB qui permettrait d'utiliser ce système de manière standard, avec quelques bonus ! Un autre avantage de ce système est qu'il est ultra silencieux ! J'ai rédigé un tutorial pour vous apprendre à coder un microcontrôleur pour ce système.



2. Des câbles qui se détachent

Quand on câble la pédale, il arrive que des câbles aient l'air relativement bien soudés, mais peuvent en fait se détacher suite à des contraintes mécaniques, ce qui cause ensuite des coupures dans votre câblage, et une pédale qui ne fonctionne plus. Cela arrive facilement au niveau du 3PDT (où il y a beaucoup de câblage), ou sur les entrées jack. Cela peut aussi générer des problèmes de masse, ce qui va générer pas mal de bruit. C'est très facile à réparer (il suffit de reconnecter le câble détaché), mais assez ennuyeux si la personne n'a pas de fer à souder (ou pas envie de s'y mettre, ce que je peux comprendre !) et doit renvoyer la pédale. Il y a deux manière d'empêcher cela. La version cheap est de recouvrir les soudures d'une espèce de colle pour éviter les stress mécaniques qui provoquent la casse. Voici un exemple dans une pédale de la marque Caline (clones chinois à pas cher) :
Caline Reverb PCB inside

Mais pour moi, la meilleure manière déviter ce genre de soucis et d'inclure les entrées jack directement sur le PCB. Il est possible d'utiliser un PCB différent pour le câblage true bypass, comme dans cette pédale JHS :
JHS True bypass PCB
Vous pouvez tout inclure sur le PCB. C'est cette voie que je suis en train d'emprunter. Cela a aussi l'avantage de rendre l'assemblage plus facile et plus rapide.


3. Entrées jacks et 3PDT qui se dévissent

C'est un problème assez classique. Les jacks d'entrée et le 3PDT peuvent se dévisser "naturellement", même si on les serre pas mal. Dans le pire des cas, on peut perdre l'écrou, et la pédale sera alors difficile à utiliser, surtout si le jack ou le 3PDT a le malheur de rentrer dans la pédale... C'est bien sûr très simple à réparer (resserrer le boulon ou le remplacer), mais c'est un problème assez pénible dans le sens où on doit renvoyer la pédale ou l'écrou qui manque pour réparer cela... Il y a deux manières d'éviter cela : soit on serre comme un bourrin pour retarder l'échéance, en utilisant des pinces et en forçant bien, soit on place les jacks directement sur le circuit imprimé.

Cette dernière solution est plus adaptée, mais a un désavantage : si le jack ne fonctionne plus (usure qui peut arriver, assez rare, mais bon...), il sera assez pénible à remplacer. Donc n'oubliez pas d'utiliser des jacks de qualité style Neutrik NMJ6HCD2, et de ne pas surcharger le circuit imprimé autour de ces jacks pour rendre le dessoudage possible.

Je suis en train de designer ma première pédale "commerciale" et j'incluerai les jacks directement sur le PCB. Ca évite du câblage (point 2) et empêche les jacks de se dévisser.



4. Faux contacts

Si vous laissez le PCB "libre" dans le boitier, ou si vous câblez le PCB avec du câble flexible, le PCB peut bouger dans le boitier. Parfois, cela peut créer de faux contacts qui ne sont pas faciles à réparer car on sait difficilement d'où peut venir ce faux contact. Cela arrive très souvent avec le veroboard, où la face cuivrée de la plaque peut créer des faux contact avec le boitier métallique. Le classique câblage "spaghetti" des débutants peut être assez terrible pour cela :
Mon conseil principal est : utilisez des circuits imprimés ! Avec des potentiomètres avec des pattes spécial "PCB", il sera bien maintenu dans le boitier. Si vous utilisez du veroboard, utilisez du câble avec un centre en cuivre que l'on peut tordre et qui permet de maintenir un peu le circuit dans la boite. Mais honnêtement, je ne vous recommande pas le veroboard : cela augmente le risque d'erreur (on place mal les composants, câblage complexe...) et peut créer des faux contacts, alors que les PCB sont plus fiables et plus durables.



5. Composant qui lâche

En fait, j'ai rarement vu un composant lâcher par lui même. La plupart des composants lâchent suite à des erreurs de l'utilisateur lors de l'alimentation de la pédale. Un des cas les plus communs a lieu avec le circuit intégré MAX1044. Il permet de doubler ou d'inverser le voltage, mais n'accepte en entrée qu'une tension positive inférieure à 10V. Il n'est pas rare que des gens tentent d'alimenter la pédale en 18V "pour voir" ou se trompent en mettant une tension inversée. Le chip n'est alors plus fonctionnel. Quand le voltage est inversé, la diode qui absorbe ce courant inversé peut lacher si l'intensité pourvue est importante. Et c'est moche :
Pour le MAX1044, il suffit de le mettre sur socket pour le rendre facilement remplaçable. Pour la diode de protection, j'utilise une forme "longues pattes" sur mes PCB, comme ça il est possible de couper les pattes de la diode, ce qui rend le dessoudage plus facile.
Enfin, il faut éviter les composants de surface qui sont très difficilement remplaçables, et à la durée de vie limitée.

Et voilà ! Ce sont les 5 pannes principales que j'ai pu observer dans des pédales défaillantes. S'il y a d'autres types de panne courante que vous avez pu constater, n'hésitez pas à l'indiquer en postant un commentaire !

J'espère que cet article vous a été utile, n'hésitez pas à me remercier en likant la page facebook Coda Effects ou en vous inscrivant à la newsletter !
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